Il y a des jours comme ça. L’idée de la fuite me traverse l’esprit. Je dis fuite alors qu’abandon serait plus juste. Un peu comme s’extraire de soi, se répandre dans les vapeurs gelées de l’hiver, se plaquer sous un goéland en priant pour qu’il m'inspire des arcs-en-ciel et des rêves improbables. Partir très loin, là où mes cauchemars ne vont jamais.
Je n’en ferai rien car mon escale est ici.
J’ai encore à l’oreille la voix chevrotante qui a lancé dans le gouffre du téléphone ;
- Merci d’exister.
Je m’effondre. La formule m’anéantit. Le remerciement n’en est pas un et masque indubitablement autre chose. Un malaise profond. Une prise de conscience de sa propre vulnérabilité. L’image qui s’impose est celle d’une enfant égarée au cœur d'une galaxie complexe. Elle est perdue. Moi aussi.
Je la rassure, je change de sujet pour l’éloigner de sa maladie dont elle ignore tout. Puis on se quitte sur des plaisanteries, même des éclats de rires. Au bout de la nuit, il y a demain. Une autre escale, avec ses histoires et ses mensonges.
Et je mens bien.