Le protocole est invariable, je range le studio la première demi-heure et ensuite, nous parlons. Je m’installe à ses côtés en lui prenant la main. Le temps est aux souvenirs, aux anecdotes. Il arrive que son affection ne lui ronge pas le cerveau. Ce petit répit autorise l'échange de points de vue. Comme aujourd'hui. Elle a entrebâillé une petite porte dont je ne soupçonnais pas l’existence.
Le sujet porte sur l’Infini. Je lui confie que cette absence de fin m’embarrasse. Tant il me paraît normal qu’une phrase s’arrête, qu’un orage s’arrête, qu’une saison s’arrête, qu’une vie s’arrête. Y compris les planètes. Elles meurent là-haut, au beau milieu de l’Espace. L’Infini ! Une immensité qui défie la pensée avec ses milliards de milliards d’années-lumière. Dès lors, que penser de nos prouesses astronomiques et de nos observations savantes qui n'en verront jamais la fin ? Voilà bien une quête orgueilleuse et dérisoire comparée à la tâche.
- Je n’arrive pas à me faire à l’idée que ….
L’interrogation jaillit plusieurs fois. Je radote. Je m’essouffle. Au point que ma réflexion en devient lancinante et aride. Pendant ce temps, elle m’écoute, silencieuse, en affichant cette bienveillance qui la caractérise.
Quelques minutes s’écoulent avant qu’un sourire affectueux n’éclaire son visage.
- Si l’Infini te pose un problème, c’est parce que tu ne crois pas à l’Éternité.
Mes postulats sont balayés d'un coup. La défiance et le savoir m'apparaissent comme des frivolités cérébrales. Ce n'est pas la raison, mais la croyance qui irrigue le cœur.