L’imaginaire est une folie nécessaire qui nous fait oublier l’autre, la vraie, celle qui se répand sous le crâne et nous dévore jusqu’au vide absolu. La DSTA est une atteinte à la vie qui rend la mort d'autant plus honorable. C’est dans ce contexte que sont apparus les petits singes qui, semaine après semaine, allaient devenir de vrais complices. Je garde en mémoire ses yeux étonnés au moment d'écarter le papier d’emballage, en découvrant la peluche avant de la serrer contre son ventre. Que pensait-elle au juste ? Qu’il s’agissait là d’un caprice, d’une exubérance de plus ? Le mystère demeure et n’a aucune espèce d’importance. Les singes trônent désormais en bonne place sur son lit. Ces peluches inoffensives sont dotées d’un pouvoir surnaturel qui la protège des tempêtes intérieures. Quand le cerveau ne répond plus, la folie guette. La folie douce d’une femme enfermée dans sa tête. Lorsque je la sens au bord du gouffre, j’appelle les deux créatures à la rescousse.
- On le retrouvera ce cahier. Tu as confondu les tiroirs de la commode. (le silence s’installe, à l’autre bout elle ne semble pas convaincue). Et Nenette et Rintintin ? Ils mangent bien, il ne t’empêchent pas de dormir au moins ?
La magie commence à cette seconde. Les souffrances de l’âme font place à une bonne humeur retrouvée.
- Je les ai trouvés drôles aujourd’hui. Un peu bizarre. A mon avis c’est leur escapade dans Paris.
- Ils sont sortis ? ma voix feint la surprise.
- Parfaitement. Montmartre, la Tour Eiffel, les boîtes de nuit.
Intérieurement je jubile.
- Et maintenant ?
- Ils dorment, pense-tu.
Il y a toujours une résurrection après les petits singes. Ses commentaires me déstabilisent tandis que mes rires contagieux lui reviennent en écho. Il en va ainsi d’un soir sur trois.
Son imaginaire se bat contre la maladie en côtoyant un monde parallèle dans lequel elle excelle. L’invention m’échappe puisque les petits singes ont changé de camp. Elle en joue et en devient presque malicieuse. A un visiteur qui s’étonne de ces décorations animalières, elle prend un air de circonstance qui inquiéterait plus d’un psychanalyste et lance ;
- Quand ils connaissent pas……ils font croire qu’ils sont en peluche.